Première partie

L’instantané ‘‘Monaco en films’’, issu des collections de l’Institut, suivi d’un court métrage :

13 figures de Sarah Beauchesne au 71, rue Blanche de Véronique Aubouy et Christophe Boutin (France, 1993, noir et blanc, 4 min.).

Placée sur une table dans l’atelier de l’artiste Christophe Boutin, une contorsionniste nous propose treize figures comme autant de sculptures. L’art n’est-il pas une simple déformation de la réalité ?

Elephant Man

États-Unis – 1980 – Noir et blanc – 125 min. – VOSTF

Réalisation : David Lynch.

Scénario : Christopher De Vore, Eric Bergren, David Lynch, d’après The Elephant Man and Other Reminiscences de Frederick Treves et The Elephant Man, A Study In Human Dignity d’Ashley Montagu. Image : Freddie Francis.

Son : Robin Gregory.

Musique originale : John Morris.

Décors : Stuart Craig, Robert Cartwright.

Costumes : Patricia Norris.

Montage : Anne V. Coates.

Production : Brooksfilms.

Avec : John Hurt (John Merrick, Elephant Man), Anthony Hopkins (Frederick Treves), John Gielgud (Carr Gomm), Anne Bancroft (Madge Kendal), Freddie Jones (Bytes), Lesley Dunlop (Nora), Hannah Gordon (Madame Treves).

 

L’HISTOIRE

Se promenant par hasard dans une ruelle londonienne, un médecin découvre, dans une

« foire aux monstres  », un étrange personnage, difforme et recouvert d’excroissances : John Merrick, l’homme-éléphant étalé comme une curiosité par son « propriétaire » alcoolique, Bytes, qui n’hésite pas à le frapper durement. Perturbé par le spectacle, le docteur le conduit, pour l’examiner, à l’hôpital où il travaille. Sa venue trouble tout le monde et son mutisme provoque l’intervention du responsable des lieux qui ne veut pas d’un «  incurable ».

 

CRITIQUE

Elephant Man dépasse vite le genre restrictif et finalement rassurant du film d’épouvante pour apparaître comme une tragédie métaphysique. Le cinéma de l’horreur gothique, baigné de sang et de volupté, a trop souvent cherché bonne conscience au spectateur : l’extermination de la bête immonde (être anormal présenté comme agent du démon) c’était la remise en ordre des valeurs qui avaient été menacées le temps d’un mauvais rêve. Le monstre c’était celui qui avait enfreint nos lois. Tournant le dos aux effets grandguignolesques, évitant les gros plans racoleurs, imposant à son récit le noir et blanc de l’humilité et du mystère, brossant avec une étonnante rigueur une série de décors insolites, David Lynch signe là l’un des plus beaux films que l’on ait jamais réalisés sur la souffrance des monstres.

Jean-Luc Douin, Télérama n° 1630, 8 avril 1981, p. 31.