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Première partie

L’instantané ‘‘Monaco en films’’, issu des collections de l’Institut, suivi d’un court métrage :

La Traversée de l’Atlantique à la rame, de Jean-François Laguionie (France, 1979, couleurs, 21 min.).

Au début, il ne s’agissait que de traverser l’océan, un exploit comme un autre. Mais il y a des voyages qui durent plus qu’on ne l’a prévu.

LE HAVRE

Aki Kaurismäki (2011)

France, Finlande, Allemagne, 2011, couleurs, 98 min.

Réalisation et scénario : Aki Kaurismäki. Image : Timo Salminen. Son : Tero Malmberg. Décors : Wouter Zoon. Costumes : Fred Cambier. Montage : Timo Linnasalo. Production : Sputnik Oy [Helsinki), Pyramide Productions (Paris), Pandora Filmproduktion GmbH (Köln), ZDF - Zweites Deutsches Fernsehen (Mainz), Arte France Cinéma. Avec : André Wilms (Marcel Marx), Kati Outinen (Arletty), Jean-Pierre Darroussin (Monet), Blondin Miguel (Idrissa), Elina Salo (Claire), Evelyne Didi (Yvette), Quoc Dung Nguyen (Chang), François Monnié (l’épicier), Roberto Piazza (Little Bob, dans son rôle), Pierre Etaix (le docteur Becker), Jean-Pierre Léaud (le dénonciateur).

L’HISTOIRE

Marcel Marx, ex-écrivain et bohème renommé, s’est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier honorable mais non rémunérateur de cireur de chaussures lui donne le sentiment d’être plus proche du peuple en le servant. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique noire. Quand, au même moment, Arletty tombe gravement malade et doit s’aliter, Marcel doit à nouveau combattre le mur froid de l’indifférence humaine avec pour seules armes son optimisme inné et la solidarité têtue des habitants de son quartier

 

CRITIQUE

Aki Kaurismäki est de ces voyageurs qui retrouvent à chaque destination ce qu’ils ont laissé derrière eux. Au Havre, il s’est installé dans le décor d’Auguste Perret, l’architecte qui reconstruisit la ville après la Seconde Guerre mondiale, dans l’histoire d’un port façonné par la guerre et le commerce. Il l’a peuplé d’une humanité laborieuse, où l’on retrouve des figures familières : André Wilms, Kati Outinen, Jean-Pierre Léaud. Comme il est question d’immigrés clandestins, de dénuement et de cancer, on redoute un instant qu’Aki Kaurismäki ne soit en proie à un accès de mélancolie, comme celui qui a donné Les Lumières du faubourg (2006), son dernier film en date, exemple parfait de désespoir politique et cinématographique. Mais les éclats de rire qui vous secouent bientôt rassurent sur le caractère du film. Au pessimisme ambiant, Aki Kaurismäki oppose le burlesque et la solidarité de classe.

Thomas Sotinel in Le Monde, 14 avril 2011.