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Première partie

L’instantané ‘‘Monaco en films’’, issu des collections de l’Institut, suivi d’un court métrage :

Rabbi Shaolin, de Claire Simon (France, 2016, couleurs, 2 min. environ.).

Un plan Lumière (des frères du même nom) : au lac Daumesnil, Bois de Vincennes, Rabbi Shaolin et ses élèves.

LES JOUEURS D’ÉCHECS

Satyajit Ray (1977)

Shatranj ke khilari. Inde, 1977, couleurs, 113 min., vostf

Réalisation et scénario : Satyajit Ray. Auteur de l’œuvre originale : Munshi Premchand. Dialogues : Satyajit Ray, Shama Zaidi, Javed Siddiqi. Image : Soumendu Roy. Son : Narinder Singh. Musique originale : Satyajit Ray. Chorégraphie : Birju Maharaj. Décors : Bansi Chandragupta. Costumes : Shama Zaidi. Montage : Dulal Dutta. Production : Devki Chitra Productions. Avec : Richard Attenborough (le général Outram), Amjad Khan (Wajid Ali Shah), Sanjeev Kumar (Mirza, un joueur d’échecs), Saeed Jaffrey (Meer, un joueur d’échecs), Shabana Azmi (l’épouse de Mirza), Farida Jalal (l’épouse de Meer), Tom Alter (l’aide de camp du général), Victor Banerjee (le premier ministre).

L’HISTOIRE

En 1856, à Lucknow, capitale du royaume musulman d’Avadh (appelé aussi royaume d’Oudh), gouverne le roi Wajid Ali Shah. Ce monarque, dont la position dépend du bon vouloir de la Compagnie des Indes, a délégué les pleins pouvoirs à son cabinet ministériel. Juché prématurément sur un trône trop grand pour lui, il ne se sent pas l’étoffe d’un dirigeant mais plutôt celle d’un poète ou d’un musicien. Aux mises en garde répétées de Lord Dalhousie (représentant de la Compagnie des Indes), il répond par des chants dont l’hermétisme déroute le dignitaire anglais.

 

CRITIQUE

La métaphore est transparente : deux civilisations s’affrontent avec des armes inégales. D’un côté les Anglais organisent le temps et l’espace de leurs conquêtes, de l’autre, la civilisation indienne s’enfonce dans les délices de son immobilité. Film à part dans l’œuvre de Satyajit Ray, Les Joueurs d’échecs complètent cependant la vision indienne de la trilogie d’Apu ou du Salon de musique. Des microcosmes sociaux, le regard s’élargit dans la contemplation douloureuse d’une histoire. Contemplation, car c’est sans doute le nœud et la force du film : si la peinture de cette société décadente est faite avec une ironie constante et quelque peu amère, la forme même, ses lenteurs calculées, laissent lire la puissance d’attraction de pesanteurs séculaires.

Michel Devillers in Cinématographe n° 94, p. 60, novembre 1983.