November Days

de Marcel Ophuls (Grande-Bretagne/France, 1990, 130 min)

Samedi 28 novembre à 15h

Projection dans le cadre des 30 ans de la Réunification de l’Allemagne

Séance cinéma présentée par l’universitaire germaniste, Dominique Bosquelle

 

En plein processus de réunification de l’Allemagne, finalisé en octobre 1990, Marcel Ophuls interroge plusieurs personnalités d’Europe de l’Est sur la réunification et la fin du régime communiste, symbolisées par la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Y sont notamment interviewés, Egon Krenz, Gunter Schabowski, Thomas Montag, Manfried Ludwig, Stefan Hermlin, Heiner Müller, Markus Wolf, Werner Fischer,  Michael Kühnen, Walter Momper, Kurt Masur… Tous des hommes politiques retirés du pouvoir, après l'effondrement du mur de Berlin.

 

L'enjeu du film est de restituer assez méticuleusement la chronologie des faits en mettant en perspective et en croisant les mémoires encore vivantes de différents témoins qui vivaient jusque-là en République démocratique allemande (RDA) et en République fédérale d'Allemagne (RFA). Le film prend également appui sur les actualités (rushes compris) filmées par la BBC dont Marcel Ophuls avoue avoir été « frappé par le côté humaniste, à la fois cool et émotif, des reporters ».

Ne masquant jamais son point de vue, ni sa propre expérience, le cinéaste emploie aussi des séquences de films célèbres pour « commenter » avec humour et ironie, les propos de ses interlocuteurs.

Marcel Ophuls

Né le 1er novembre 1927 en Allemagne, fils unique du cinéaste Max Ophuls et de la comédienne Hilde Wall, Marcel Ophuls a connu une enfance itinérante dans un monde en plein chaos. La famille quitte l’Allemagne en 1933 pour s’installer en France, puis part aux USA en 1941. D’abord assistant-réalisateur, il passe à la réalisation avec

Peau de Banane (1963) puis Faites vos jeux Mesdames (1965). Ne rencontrant pas le succès escompté, il entre à l’ORTF pour se consacrer au documentaire et « lutter contre la banalité de la télé ». Après Munich 1938 la Paix pour cent ans, il signe en 1971 Le Chagrin et la Pitié qui remet en question la légende d’une France résistante durant la Seconde guerre mondiale. N’hésitant pas à se mettre en scène, interpellant ses interlocuteurs à l’image, il impose un style aux antipodes du cinéma-direct. Interdit d’antenne, Le Chagrin et la Pitié sort en salles. Il reste plus d’un an à l’affiche et attire 600 000 spectateurs. Il faudra attendre dix ans et l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 pour que le film, une somme de quatre heures, soit diffusée sur FR3. Entretemps, Marcel Ophuls suit son chemin, celui des œuvres documentaires au long cours. Memory of Justice (1976), sur les lois de la guerre au fil des conflits du XXe siècle, puis Hôtel Terminus, une biographie de Klaus Barbie qui lui vaut l’Oscar du meilleur documentaire en 1989. Après November Days, il revient avec Veillée d’armes (1994) : installé à l’Holiday Inn de la ville de Sarajevo assiégée par les forces serbes, il suit l’épopée des reporters de guerre.

Rémi Lainé

Le portail du documentaire : www.film-documentaire.fr

 

Dominique Bosquelle

 

Maître de Conférence en civilisation, spécialiste de l’histoire allemande contemporaine et de l’histoire culturelle franco-allemande. Directrice de la section d'allemand du département « Langues, lettres, arts et communication » de l’Université de Nice Sophia-Antipolis. Enseignante-chercheuse au Laboratoire Interdisciplinaire Récits Cultures et Sociétés (LIRCS)