Couleurs & formes, ombres & lumières

une autre expérience du cinéma d'animation dans les années 1920 en Allemagne

Nous entamons avec cette année « 2020 », nos « années 20 » ! À quoi ressembleront-elles ? Il y a un siècle, on les appela, aux États-Unis, les « Roaring Twenties », les Rugissantes, en France les « Années Folles ». En Allemagne les « Années dorées » (« Goldene Zwanziger ») : et pourtant, même avant la crise de 1929 qui ruina le monde occidental et avant l’arrivée des Nazis en 1933, la vie était dure pour beaucoup à Berlin ou Munich après l’effondrement mondial de 14-18. Mais contrastée. Pendant la République de Weimar, la plus grande liberté d’expression et de création a côtoyé la plus grande misère et le plus abject moralisme, l’Ombre, la Lumière.
La projection lumineuse fut sans doute le média le plus emblématique de ces contrastes. Son avatar le plus célèbre s’appelle Cinéma. Les films les plus archaïquement conçus comme des « jeux de lumière » (« Lichtspiel ») sont ceux du cinéma d’animation. Et l’Allemagne avant-gardiste des années 20 lui donna non seulement son premier long métrage mondial (Les Aventures du Prince Ahmed, 1926), mais aussi des sommets musicaux et abstraits, portant très loin l’art des accords entre les couleurs et les formes, les ombres et les lumières.


Hervé Joubert-Laurencin

Hervé Joubert-Laurencin enseigne le cinéma à l’université de Paris Nanterre. Il est traducteur et spécialiste de Pier Paolo Pasolini (Écrits sur le cinéma, 1987 et 2000, Pasolini Portrait du poète en cinéaste, 1995, Porno Théo Kolossal, 2016…) Il est aussi un historien de la critique de cinéma. En 2018, il codirige un recueil d’études sur Jean-Claude Biette écrivain de cinéma (Jean-Claude Biette. Appunti et contrappunti) et édite les Écrits complets d’André Bazin. Il réalise la même année son premier film avec Marianne Dautrey, Bazin roman.


Il a publié en 1997 La lettre volante. Quatre essais sur le cinéma d’animation, en 2012 Quatre films de Hayao Miyazaki, et d’autres écrits sur le cinéma d’animation. Il est cofondateur de la plateforme « NEF Animation » qui a contribué à la naissance de la nouvelle revue Blink Blank.

Programme de la séance du samedi 7 mars à 16h
Projection commentée par Hervé Joubert-Laurencin



Walther Ruttmann (1887-1941), célébré pour son long métrage Berlin Symphonie d’une grande ville (1927), est un classique de l’animation abstraite et mélodique et de l’histoire de la « musique d’images ». Avant de mourir à Berlin à 53 ans en 1941, il collabora au long métrage de Lotte Reiniger et fut avant tout un artiste du court métrage de recherche. Ses Opus, numérotés comme des tableaux, sont parmi les plus beaux représentants de l’utopie du synchronisme son-image.


•    Lichtspiel Opus I, 1921, 11min20 
Projection 16 mm, format 1,37, vitesse 18ips, son séparé sur fichier numérique
•    Opus II, III, IV, 1923, 12min
Projection 16 mm, format 1,37, vitesse 18ips, muet

Oskar Fischinger (1900-1967) est l’un des plus grands et des plus enthousiasmants cinéastes de l’animation abstraite. En Allemagne puis à Hollywood, il rencontre et travaille brièvement avec Fritz Lang et Walt Disney. Ernst Lubitsch aide à sa reconnaissance, mais son œuvre reste celle d’un expérimentateur solitaire et il se tourne vers la peinture. Allegretto est l’une des plus spectaculaires abstractions sonores et colorées cinématographiques, et Kreise une autre variation sur les cercles.


•    Allegretto, 1936-43, 2min30, couleur, sonore 
Projection 16 mm, format 1,37, vitesse 24ips, son optique
•    Kreise, 1933-34, 2min, couleur, sonore
Projection 16 mm, format 1,37, vitesse 24ips, son optique

Lotte Reiniger (1899-1981) réalisa entre 1923 et 1926 une œuvre de projections lumineuses comme on n’en avait alors jamais vu : Les Aventures du Prince Ahmed (1926). Il s’agit en effet, dix ans avant Blanche neige de Walt Disney, du premier long métrage de cinéma d’animation du monde. Elle est la plus célèbre artiste de la technique dite du film de silhouettes. Elle réalisa un grand nombre de courts métrages tout au long de sa vie. 


•    Galathée, 1935, 11min
•    Papageno, 1935, 11min