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Première partie

L’instantané ‘‘Monaco en films’’, issu des collections de l’Institut.

VOYAGE À CYTHÈRE

Theo Angelopoulos (1983)

Taxidi sta Kithira. Grèce, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, 1983, Couleurs, 137 min., vostf

Réalisation et scénario : Theo Angelopoulos. Image : Yorgos Arvanitis. Son : Thanassis Arvanitis, Dinos Kittou, Nikos Achladis. Musique originale : Eleni Karaindrou. Décors : Mikes Karapiperis. Costumes : Giorgos Ziakas. Montage : Giorgos Triantafillou. Production : Centre du Cinéma Grec (Athènes), ZDF - Zweites Deutsches Fernsehen (Mainz), Channel Four (London), Theo Angelopoulos Productions, RAI - Radio Televisione Italiana. Avec :
Manos Katrakis (le vieux), Giulio Brogi (Alexandros), Mary Chronopoulou (Voula), Dionyssis Papayannopoulos (Antonis), Dora Volanaki (la vieille), Giorgos Nezos (Panayotis), Michalis Yannatos (le capitaine du port), Akis Kareglis (Spyros).

L’HISTOIRE

Alexandre est cinéaste. Dans le film qu’il prépare, il sera à la fois question de la recherche du père et de sa propre recherche à lui, sur le passé, sur l’histoire. Une fois qu’il a découvert, dans un vendeur de lavande, l’interprète idéal pour le rôle de Spyros, son père, Alexandre commence son film. Dans son imagination surtout. Spyros est ainsi le personnage central qui revient d’exil après trente-deux ans, retrouve sa femme, sa famille, ses amis, son village et sa terre. Une terre que le monde moderne transforme de terre de travail en terre de loisirs. Spyros ne se reconnaît pas dans ce monde-là. Et ce monde le rejette.

 

CRITIQUE

Voyage à Cythère est le premier film vraiment sublime d’Angelopoulos parce que lyrique enfin, lyrique surtout, lyrique seulement. Film à nu. Dépouillé de toutes les certitudes, les dogmatismes, les théories. Débarrassé de quelques scories minuscules qui troublaient encore la limpidité des œuvres passées. Film d’un artiste proche de l’épure absolue, proche de la quintessence. Cette quintessence, Angelopoulos ne l’a visiblement pas atteinte sans désillusions de toutes sortes. Il semble loin, désormais, le temps où le cinéma faisait office, à ses yeux, d’outil de combat. L’amertume semble avoir (pour l’instant ? désormais ?) recouvert les convictions inébranlables de la jeunesse et seul l’art semble survivre à tous les engagements : ultime refuge, ultime bouée. Car tout n’est qu’art, tout ne parle que d’art, tout ne mise que sur l’art dans Voyage à Cythère, qui nous raconte non le tournage d’un film mais le film en train de se rêver, de s’imaginer.

Pierre Murat in Télérama n° 1835, p. 101, mars 1985.